Najac - Photos

Publié le 20 septembre 2026 à 22:56

Afin de nous familiariser avec l’ambiance des villes et villages remarquables de l’Aveyron, nous avons fait halte à Belcastel. Le village, blotti contre les flancs de la vallée de part et d’autre de la rivière, uni par un pont « vieux » et coiffé d’un fort, est un petit bijou de pierres et d’ardoises, archétype en petit format des cités que nous allions rencontrer.

Au saut du lit, le lendemain, nous sommes sur le chemin descendant à Najac d’où nous pouvons apercevoir, sur un éperon rocheux, le village qui s’étire comme un chat, de tout son long. On croirait voir entre les arbres une carte postale, trop belle pour être vraie. Ce n’était pas un mirage, le village était bien réel ; on l’a touché. Surtout le château et son donjon que nous avons gravi en colimaçon.

Le paysage que l’on a fréquenté chaque jour était celui d’un causse, un plateau ondulant, vêtu d’un vert un peu fané à cette heure et cousu de haies. Le plateau est taillé de loin en loin de profondes vallées, quelquefois tranchées à la hache. Au fond, coulent l’Aveyron, le Lot, le Tarn, se hâtant lentement pour rejoindre la Garonne.

Commençons par l’Aveyron, au bord duquel se tient, depuis les Celtes, Saint-Antonin-Noble-Val. Nous y avons parcouru les larges rues dallées couvrant des canaux drainant la Bonnette et les effluents des tanneries d’autrefois, dernier maillon de la filière d’élevage bovin, caprin, ovin, du plateau. Delphine nous a expliqué toute l’ingénierie hydraulique, décrit les opérations de tannage des peaux et pour finir, lu la façade de l’hôtel de ville, plus ancien monument civil de France, s’il vous plait ! (1125). On retiendra comme signature architecturale singulière, ce type de fenêtres géminées que supplanteront plus tard des croisées. Depuis Caylus, la promenade sur le causse a été fort paisible mais tourmentée dans la tête. Le guide ne parlait pas, semblait-il, la même langue à tous, si bien que chacun avait compris un petit bout de l’histoire. Il a fallu, pour finir, recoller les morceaux afin de se retrouver tous.

Le mercredi, tandis que certains préféraient flâner dans le bourg de Najac, d’autres marchant tout autour, se mirent à marauder au passage des pêches sur un arbre. Ce nous valut une réprimande. Les cultivateurs qui non loin ramassaient des pommes de terre avaient dénoncé le larcin. Un saut à Villeneuve d’Aveyron, « sauveté » autour de la magnifique église du Saint-Sépulcre où l’on raconte des histoires pendables, « bastide » organisée autour de la place des Conques, voilà une belle cité où l’on entre et l’on sort comme souvent sous les herses levées des portes ogivales.

Le mercredi, notre lot sera le Lot. Nous sommes partis sous la pluie sur une gabarre, animée par un batelier jovial, leste comme un écureuil et champion de la manivelle manœuvrant les portes d’écluses. Ayant atteint le village perché de Saint-Cirq-Lapopie la pluie avait cessé… pour toujours ? On a flâné dans les rues au pavé poli où s’ouvrent des échoppes aux articles choisis, beaucoup d’artisanat d’art. Un joyau que ce tissu de maisons entremêlées, couvertes de lauzes, au-dessus desquelles le regard se perd vers la vallée. Descendus sous la conduite de notre duo de guides, Stéphanie et Xavier, nous avons cheminé sur ce très surprenant chemin de hallage taillé dans la falaise. Point de hâte dès lors, on se laisse saisir par l’ampleur de l’ouvrage et l’ampleur de l’œuvre en bas-relief de Daniel Monnier qui a parachevé le travail à même la paroi.

Jeudi n’était pas cette fois jour de marche mais de visite ; on a quand même marché beaucoup ce faisant. Nous avons pris le train (petit) pour monter à la ville haute de Cordes-sur-Ciel. C’est, juste en dessous du ciel en effet, une bastide médiévale pur jus, de très belle allure. A Albi, flanqués de Louis qui avait consigne de nous accompagner, nous étions attendus au Parvis, un restaurant de spécialités qui nous a comblés, avant de franchir la porte d’une forteresse de briques que l’on dit cathédrale. Par contraste, l’édifice est à l’intérieur doublé richement, de peintures sur toutes les surfaces. Les sublimes jardins du palais de La Berbie étaient tout aussi dignes des princes de l’Eglise qui régnaient ici. Après le musée Toulouse-Lautrec, vite, faisons un tour d’Albi, avec notre Albigeois préféré. Il a mis du cœur à concocter à notre intention un circuit commenté au gré du Tarn entre autres, mais, las, Jacques dut se restreindre car il y avait urgence… d’apéro. C’était au tour d’Alain de régaler, pour son anniversaire, après d’autres occasions suscitées sans motifs si ce n’est la convivialité, prolongée au repas où nous n’avions plus besoin de nous précipiter contrairement au début du séjour. Nos Roannais de voisins avaient tout mangé !

Le dernier jour, direction la « République autonome » d’un truculant personnage qui, comme il dit, ne craint pas la sécheresse. On l’avait remarqué. Se faisant appeler Jackyx, cet irréductible Gaulois, éleveur de canards, entonnait les louanges de la tradition. Elle lui profite plutôt bien et à ses affaires aussi qu’il sait colporter loin, via un « réseau » revendiqué, de stars de la gastronomie, de décideurs de toutes les couleurs, voire de hauts fonctionnaires. Il a su les charmer. Comme nous le fûmes, par l’artiste un tantinet cabotin.

Parlons de charme encore à la chapelle Notre-Dame de Treize-Pierres où nous nous sommes rendus après avoir traversé Villefranche de Rouergue. C’était le point d’orgue de notre séjour pour nous laisser en bouche une saveur enchantée. Christine Legrand, professeur d’Arts plastiques et Histoire de l’art à la retraite, nous attendait à la porte pour nous conter l’histoire de la chapelle et surtout des fresques réalisées selon les canons byzantins par Nicolaï Greschny. Elle a captivé pendant une heure et quart un auditoire aux anges.

Nous partîmes 29 et revînmes 28. Claude avait rejoint dès le premier jour son mari en difficulté. Nous lui souhaitons complet rétablissement.

Un mot enfin pour, avec Jacques, dire à tout notre groupe : merci. Pour ce partage et la joyeuse humeur qui nous a accompagnés.

Daniel